SÉNÉGAL : LES CENTRALES SYNDICALES MAINTIENNENT LEUR GRÈVE DE 72 HEURES AVEC LE SOUTIEN INÉDIT DU PATRONAT

Le climat social s’alourdit au Sénégal. Réunies au sein du Front syndical pour la défense du travail, douze centrales syndicales majeures persistent et signent : une grève générale de 72 heures, accompagnée de marches nationales, sera déclenchée si le pouvoir exécutif ne recule pas. Au cœur du conflit, une réforme contestée touchant directement l’autonomie de gestion des institutions sociales. Dans cette épreuve de force, le Front syndical vient de recevoir un appui de taille, celui du Patronat sénégalais.

L’autonomie de l’IPRES et de la CSS menacée

Le point de discorde principal réside dans l’adoption récente, par l’Assemblée nationale, d’un projet de loi modifiant le Code unique de sécurité sociale. Selon le Front syndical, mené par des figures telles que Mody Guiro (CNTS) et Elimane Diouf (CSA), ce texte a été voté « en catimini » et s’apparente à un « passage en force » de la part du ministère du Travail.

Les syndicats dénoncent fermement la suppression de l’autonomie financière et de gestion de l’Institution de prévoyance retraite du Sénégal (IPRES) et de la Caisse de sécurité sociale (CSS). Pour les travailleurs, cette réforme remet en cause le modèle paritaire qui garantit une gestion transparente et indépendante des cotisations sociales.

Le Patronat valide les inquiétudes mais redoute le blocage

Dans une posture rare, le Patronat sénégalais a publiquement conforté la position du Front syndical. Les organisations patronales partagent l’avis des syndicats sur les risques de mauvaise gouvernance que fait peser cette centralisation des fonds sociaux, tout en exprimant de vives réserves sur les nouvelles dispositions encadrant les contrats à durée déterminée (CDD).

Toutefois, conscients de l’impact dévastateur qu’une paralysie de trois jours pourrait avoir sur le tissu économique national, les employeurs appellent à la retenue. Tout en légitimant les revendications, le Patronat exhorte les parties à privilégier la paix sociale et à rouvrir les vannes du dialogue avant l’expiration du préavis.

Le président Bassirou Diomaye Faye interpellé

Face à la fermeté du ministère du Travail, les syndicats ont décidé de porter le combat au plus haut sommet de l’État. Une saisine directe a été adressée au président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Les leaders syndicaux exigent du chef de l’État qu’il use de ses prérogatives constitutionnelles pour suspendre la promulgation de la loi incriminée et renvoyer le texte à une concertation tripartite approfondie.

Si cette ultime démarche échoue, le pays s’achemine vers un blocage majeur. Les syndicats se disent prêts à paralyser l’ensemble des secteurs d’activité, un avertissement clair qui met à l’épreuve l’engagement du nouveau régime en matière de gouvernance inclusive et de concertation sociale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *