OUSSOUYE : DANS LES PAS D’ALIS UMOY DIÉDHIOU, LA REINE MÈRE AU CŒUR DU ROYAUME

De la cour royale aux maisons d’hôtes, des traditions ancestrales à la défense des droits des femmes, Alis Umoy Diédhiou occupe une place singulière dans la vie d’Oussouye.

À Oussouye, il suffit parfois de franchir une porte pour comprendre qu’une cérémonie ne se résume pas à ce qui se passe sous les regards du public.

Le Humeubeul bat son plein. Les visiteurs arrivent, les familles s’organisent, les hôtes se croisent. Dans cette agitation, une femme avance avec calme. Elle accueille, donne des indications, s’assure que chacun a trouvé sa place. Elle connaît les visages, reconnaît les nouveaux arrivants et veille à ce que personne ne soit laissé de côté.

Cette femme, c’est Alis Umoy Diédhiou, de son vrai nom Ahan Kalidji Béatrice Diédhiou, également appelée Alysse Oumoy.

Reine mère du royaume d’Oussouye depuis le 30 août 2000, elle est devenue au fil des années l’une des figures féminines les plus visibles de la vie traditionnelle de cette partie de la Casamance.

Une responsabilité reçue à 14 ans

Son histoire avec la royauté commence alors qu’elle n’est encore qu’une adolescente.

Le 30 août 2000, à seulement 14 ans, alors qu’elle vient d’obtenir son entrée en classe de 6e, elle est intronisée Reine mère.

Une fonction qui aurait pu sembler immense pour une jeune fille de cet âge. Pourtant, depuis plus de vingt-cinq ans, elle l’exerce aux côtés du Roi Sibilumbaï Diédhiou.

La mission est multiple : participer aux affaires du royaume, contribuer à la préservation des traditions, accompagner les communautés et veiller à la paix et à la cohésion sociale.

Mais le rôle de la Reine mère se découvre surtout dans le quotidien.

Quand le Humeubeul commence, elle est déjà à l’œuvre

Pour comprendre Alis Umoy Diédhiou, il faut regarder ce qui se passe avant que les cérémonies ne commencent.

Les visiteurs arrivent de différentes localités. Certains connaissent parfaitement les usages d’Oussouye. D’autres découvrent le royaume pour la première fois.

Il faut les accueillir, les orienter, leur trouver un endroit où dormir, répondre à leurs préoccupations.

Et c’est souvent vers la Reine mère que les regards se tournent.

Avant, pendant et après le Humeubeul, elle reste mobilisée.

Des visiteurs peuvent même séjourner chez elle sans jamais avoir rencontré directement les membres du Comité d’organisation. Ils sont pourtant accueillis, accompagnés et pris en charge.

Dans cette organisation invisible, Alis Umoy Diédhiou occupe une place centrale.

Son travail est rarement spectaculaire. Il est fait de petites attentions, de disponibilité, de présence et de nombreuses décisions prises dans la discrétion.

Mais c’est précisément cette somme de gestes qui donne à l’hospitalité toute sa réalité.

Une maison comme prolongement du royaume

Chez la Reine mère, l’accueil n’est pas un simple protocole.

Il relève d’une conception profondément ancrée dans la culture locale : l’étranger qui arrive doit être considéré comme un hôte avant d’être considéré comme un inconnu.

Cette philosophie se traduit dans les faits.

On accueille.
On nourrit.
On écoute.
On oriente.
On veille.

Et lorsque la cérémonie s’achève, le travail n’est pas nécessairement terminé.

Cette disponibilité permanente explique en partie pourquoi son rôle dépasse aujourd’hui largement le cadre strictement traditionnel.

De la tradition à la défense des femmes

L’autre dimension de son parcours est moins visible, mais tout aussi importante : son engagement en faveur des femmes et des jeunes filles.

Alis Umoy Diédhiou s’investit dans les questions relatives aux conditions de vie des femmes de son royaume et, plus largement, de la Casamance.

Elle porte notamment des messages contre les mariages précoces et forcés et les mutilations génitales féminines, tout en encourageant la scolarisation des jeunes filles.

Son engagement est également associé à ONU Femmes, dans le cadre des actions en faveur des droits et de l’autonomisation des femmes.

Pour cette Reine mère, la défense de la tradition ne signifie donc pas tourner le dos aux évolutions de la société.

Au contraire.

Préserver l’identité d’un peuple peut aussi signifier préparer ses enfants à un avenir meilleur.

Une femme entre héritage et avenir

C’est peut-être ce qui rend son parcours particulièrement singulier.

Alis Umoy Diédhiou est dépositaire d’un héritage ancien. Elle participe à la transmission de cérémonies, de valeurs et de pratiques qui structurent depuis longtemps la vie du royaume.

Mais elle regarde également vers l’avenir.

Vers ces jeunes filles qui doivent pouvoir rester à l’école. Vers ces femmes dont les conditions de vie doivent être améliorées. Vers ces communautés qui ont besoin de préserver leur cohésion tout en répondant aux défis contemporains.

La tradition et l’émancipation ne sont donc pas nécessairement contradictoires.

À Oussouye, la Reine mère semble incarner cette rencontre entre deux exigences : conserver ce qui fonde l’identité du royaume et accompagner les transformations nécessaires à son avenir.

Derrière le Roi, une femme de terrain

« Derrière chaque grand homme, il y a une grande dame », dit-on.

À Oussouye, cette formule prend une dimension particulière.

Car derrière le Roi, il y a une femme qui accueille les visiteurs, accompagne les familles, participe aux grandes cérémonies, défend les femmes et veille à la transmission des valeurs.

Alis Umoy Diédhiou n’est pas seulement une Reine mère que l’on aperçoit lors des cérémonies. Elle est une femme de terrain.

Une femme dont le rôle se mesure autant à ce qu’elle accomplit sous les regards qu’à ce qu’elle fait loin des caméras.

Vingt-six ans après son intronisation, celle qui était devenue Reine mère à 14 ans continue ainsi de tracer son chemin entre héritage et modernité.

À Oussouye, son histoire est désormais intimement liée à celle du royaume.

Une histoire de tradition, d’hospitalité, de responsabilité et d’engagement.

Et derrière les grandes cérémonies que le public découvre, il y a aussi son travail discret.

Celui d’une femme qui ouvre sa porte, accueille l’autre et veille, inlassablement, sur son monde.

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