L’ex dictateur Macky Sall, le candidat de la honte : il piétine la parité et défie l’Amérique latine au mépris de la rotation géographique.

Macky Sall, le candidat de la honte : il piétine la parité et défie l’Amérique latine
Course au secrétariat général de l’ONU : quand la candidature de Macky Sall remet en question la rotation géographique et l’espoir d’une première femme à la tête des Nations unies
La candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies suscite une vive controverse. Alors que la course s’accélère pour trouver le successeur d’António Guterres, plusieurs signaux diplomatiques plaident en faveur d’une candidature issue de l’Amérique latine et des Caraïbes, mais aussi en faveur de l’élection historique d’une femme.
Macky Sall, candidat officiellement porté par le Burundi, défend pour sa part l’idée que l’Afrique doit conserver une place centrale dans cette compétition. Mais cette ambition se heurte à une réalité diplomatique : la tradition de rotation régionale dans le choix du secrétaire général constitue depuis longtemps un élément important des équilibres politiques au sein de l’ONU. Plusieurs analyses estiment ainsi que l’Amérique latine et les Caraïbes sont aujourd’hui favorisées pour succéder à António Guterres.
L’Afrique a déjà bénéficié de cette logique
L’argument est d’autant plus sensible que l’Afrique a elle-même bénéficié de cette logique de répartition régionale.
En 1991, après le mandat du Péruvien Javier Pérez de Cuéllar, le choix s’est porté sur Boutros Boutros-Ghali, de nationalité égyptienne. Les discussions diplomatiques de l’époque avaient notamment reconnu l’idée que l’Afrique devait accéder au poste. Après le refus de son renouvellement en 1996, le consensus s’est à nouveau orienté vers un candidat africain : le Ghanéen Kofi Annan, qui lui a succédé.
Kofi Annan a ensuite dirigé l’ONU pendant deux mandats, de 1997 à 2006, devenant l’une des figures les plus emblématiques de l’organisation. Aujourd’hui encore, son passage à la tête des Nations unies constitue une référence majeure lorsqu’est évoquée la place de l’Afrique dans le système multilatéral.
C’est précisément cette histoire qui rend la candidature de Macky Sall particulièrement controversée. L’Afrique a bénéficié hier d’un principe d’équilibre régional ; pourquoi faudrait-il aujourd’hui faire abstraction du même principe lorsqu’il pourrait profiter à l’Amérique latine ?
Une candidature face à une forte présence latino-américaine
La compétition actuelle compte plusieurs candidats issus de l’Amérique latine et des Caraïbes, parmi lesquels la Costaricienne Rebeca Grynspan, l’Argentin Rafael Grossi, la Chilienne Michelle Bachelet, l’Équatorienne Maria Fernanda Espinosa et la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett.
Cette forte représentation nourrit l’idée qu’une candidature latino-américaine pourrait bénéficier d’un avantage politique lié à la rotation informelle. L’entrée récente de l’Équatorienne Ivonne Baki dans la course renforce encore cette dynamique.
Par ailleurs, la compétition porte une autre question historique : l’ONU, créée il y a 80 ans, n’a encore jamais été dirigée par une femme. Plusieurs candidates actuelles incarnent donc cette possibilité, notamment Rebeca Grynspan, qui figurait en tête du premier vote informel, selon les informations disponibles.
Une bataille qui dépasse Macky Sall
Au-delà de la personne de Macky Sall, c’est donc une question de cohérence diplomatique qui se pose.
Si la rotation géographique est invoquée lorsqu’elle sert les intérêts de l’Afrique, peut-elle être écartée lorsqu’elle semble favoriser l’Amérique latine et les Caraïbes ? Et si l’ONU veut enfin franchir le cap historique de l’élection d’une femme, faut-il considérer cette aspiration comme secondaire ?
La candidature de Macky Sall apparaît ainsi comme une candidature politiquement audacieuse, mais aussi profondément contestable au regard des équilibres régionaux et de l’évolution des attentes internationales.
L’ancien président sénégalais affirme porter l’ambition de l’Afrique. Mais pour ses détracteurs, son maintien dans la course risque surtout de donner l’image d’un candidat qui refuse de reconnaître que, comme l’Afrique hier avec Boutros-Ghali puis Kofi Annan, l’Amérique latine pourrait aujourd’hui être en droit d’attendre son tour.
Le débat est donc désormais posé : l’Afrique doit-elle défendre la candidature de Macky Sall à tout prix, ou respecter à son tour les équilibres régionaux dont elle a elle-même bénéficié ?

