L’ACTUALITÉ POLITIQUE SÉNÉGALAISE DÉCORTIQUÉE : LA DISSOLUTION DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE ET LES ÉLECTIONS LOCALES DE 2027

Par Abdoulaye Aïma O. (AAO)

Au Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye se retrouve face à un dilemme politique majeur. Dans un pays en constante mutation, les ambitions, les rapports de force et les perspectives politiques peuvent évoluer rapidement. Ce qui semblait encore envisageable il y a quelques jours ou semaines pourrait aujourd’hui relever d’une tout autre réalité.

Dans certains cercles politiques, il se murmure que le chef de l’État attendrait le 2 décembre pour dissoudre l’Assemblée nationale, conformément aux dispositions constitutionnelles.

En clair, le président Bassirou Diomaye Faye serait tiraillé entre deux options stratégiques, chacune comportant des risques et des enjeux considérables.

  1. La dissolution de l’Assemblée nationale : un pari risqué

Il y a encore quelques jours ou semaines, le chef de l’État semblait pouvoir compter sur les assurances de certains de ses proches. Aujourd’hui, la situation paraît plus complexe.

En effet, rien ne lui garantit qu’une nouvelle élection législative lui permettrait de disposer d’une majorité parlementaire. À ce stade, selon cette lecture de la situation politique, ses chances d’obtenir une telle majorité seraient limitées à 30 %.

Or, ne pas disposer d’une majorité à l’Assemblée nationale pourrait considérablement compliquer la gouvernance et fragiliser ses ambitions politiques à l’approche de l’élection présidentielle de 2029.
En politique, une telle décision ne se prend jamais à la légère.

Dissoudre l’Assemblée nationale sans avoir de garanties suffisantes quant à l’issue du scrutin reviendrait à prendre un risque majeur. En politique, un tel choix est suicidaire.

Quel dirigeant, conscient des conséquences d’un tel choix, accepterait de s’engager dans une bataille électorale dont l’issue pourrait compromettre durablement ses ambitions ?

  1. Les élections locales de 2027 : une autre voie stratégique

Pendant un certain temps, le président Bassirou Diomaye Faye aurait également pu être sensible aux arguments de ses proches opposés à la tenue des élections locales à la date prévue (février 2027).

Cependant, avec l’évolution du contexte politique, une autre lecture semble possible : une défaite aux élections locales ne constituerait pas nécessairement une menace immédiate pour son pouvoir, tandis qu’une victoire permettrait de renforcer son parti, son ancrage territorial et sa stature politique.

Les élections locales pourraient ainsi représenter une occasion de consolider les bases politiques du pouvoir, sans prendre immédiatement le risque d’une recomposition défavorable de l’Assemblée nationale.

Que faire face à ce dilemme ?

Le président de la République doit tenir compte des contraintes du calendrier électoral, mais aussi des conséquences politiques de chacune des options qui s’offrent à lui.

Si les élections locales et législatives devaient se tenir en 2027, leur proximité soulèverait des enjeux importants en matière de mobilisation des électeurs, de ressources politiques et de stratégie électorale.

Le chef de l’État doit également mesurer les risques liés à chaque scrutin. Une victoire aux élections locales pourrait renforcer son assise politique, tandis qu’une défaite aux législatives pourrait modifier sensiblement les rapports de force au sein des institutions et compromettre son avenir politique.

Dans cette perspective, l’hypothèse d’un choix privilégiant les élections locales mérite d’être examinée.

La stratégie du moindre risque

Selon une source proche du Conseil constitutionnel, l’organisation d’une seule élection en 2027 serait conforme à la Constitution. Cette affirmation mérite toutefois d’être rapprochée des dispositions constitutionnelles et légales applicables au calendrier électoral.

Le président Bassirou Diomaye Faye pourrait être tenté de privilégier les élections locales plutôt que de provoquer une dissolution de l’Assemblée nationale dans un contexte d’incertitude.

Une telle orientation reposerait sur une logique simple : mieux vaut conserver une position institutionnelle imparfaite que de risquer de perdre davantage de terrain politique.

Avec l’Assemblée nationale actuelle, le chef de l’État pourrait certes être confronté à des limites dans la conduite de son action politique. Il conserverait néanmoins les prérogatives attachées à sa fonction présidentielle, même si son influence politique pouvait être affectée par l’évolution des rapports de force.

En revanche, une nouvelle Assemblée nationale dans laquelle il ne disposerait pas d’une majorité pourrait compliquer davantage l’action gouvernementale et accentuer les tensions institutionnelles. Un tel scénario pourrait également ouvrir la voie à une cohabitation politique, dans l’hypothèse où une majorité parlementaire issue du PASTEF imposerait un rapport de force favorable à la nomination d’un Premier ministre issu de ses rangs.

Les conséquences politiques d’une telle configuration pourraient être importantes à l’approche de l’élection présidentielle de 2029.
C’est précisément ce risque qui pourrait inciter le président à la prudence.

Conclusion : les élections locales plutôt que les législatives ?

Au regard de ces différents paramètres, le président Bassirou Diomaye Faye pourrait privilégier les élections locales et mobiliser ses forces politiques pour obtenir le plus grand nombre possible d’élus territoriaux.

Cette stratégie lui permettrait de chercher à consolider son implantation locale sans s’exposer immédiatement aux incertitudes d’une nouvelle élection législative.
Toutefois, cette hypothèse reste à confronter aux décisions officielles, aux contraintes constitutionnelles et à l’évolution réelle des rapports de force politiques. Le choix final dépendra notamment des calculs du pouvoir, des positions des différents acteurs et du calendrier électoral.

Une dernière question demeure : la force politique qu’est le PASTEF est-elle prête à perdre une échéance électorale, qu’il s’agisse des élections locales ou des élections législatives ? Le parti majoritaire au Sénégal, le PASTEF, cher au président de l’actuelle Assemblée nationale, Ousmane Sonko, poursuit sa massification.

Une chose est certaine : les prochains mois pourraient être déterminants pour l’évolution des rapports de force politiques au Sénégal. Entre prudence institutionnelle, ambitions politiques et calculs électoraux, les décisions à venir seront scrutées de près.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *