FONGIP : « NOS JEUNES NE VIENNENT PAS MENDIER, ILS VIENNENT CHERCHER UNE CHANCE » DIEYNABA DIOP INTERPELLE LE PRÉSIDENT DIOMAYE SUR LA GESTION DU FINANCEMENT DES JEUNES ET DES PME

Malheureusement, nous devons réellement revoir la manière dont nous choisissons certaines personnes à qui nous confions des postes de responsabilité, particulièrement lorsqu’il s’agit de l’emploi, de l’entrepreneuriat et du financement des jeunes et des femmes de notre pays.

En écoutant l’émission d’hier sur la TFM, j’ai été profondément déçue et, je dois le dire, très surprise.

Je ne parle même pas ici de la posture, du ton employé ou des gestuelles, qui peuvent parfois traduire beaucoup de choses. Ce qui m’interpelle surtout, c’est la manière dont on peut parler d’un dossier concernant des jeunes Sénégalais avec autant de distance et d’arrogance, alors que derrière chaque dossier, il y a une vie, une famille, des sacrifices, des nuits sans sommeil et souvent un rêve qui ne demande qu’une seule chose : avoir une chance.

Lorsqu’on accepte une responsabilité publique, il faut d’abord comprendre une chose fondamentale :

Être responsable, c’est être au service.

C’est servir avec honneur, dignité, fierté et patriotisme.

C’est être à l’écoute.

C’est être sensible aux difficultés de ceux dont on porte la responsabilité.

Pour moi, gérer le dossier d’un seul jeune devrait déjà être une source de fierté : celui de pouvoir contribuer à débloquer une situation, à créer un emploi, à sauver une petite entreprise, à permettre à une mère de famille de développer son activité ou à donner à un jeune les moyens de croire encore en son propre pays.

LE FONGIP N’EST PAS UNE TRIBUNE POLITIQUE

Le Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires — FONGIP — a précisément été créé pour contribuer à améliorer l’accès au financement des PME/PMI. Il intervient notamment par les garanties permettant de faciliter l’accès au crédit bancaire, mais également par l’accompagnement et le conseil aux porteurs de projets. Les jeunes, les femmes, les PME et les porteurs de projets créateurs de revenus et d’emplois font partie de ses bénéficiaires. (FONGIP⁠)

C’est donc une institution qui doit être jugée sur sa capacité à résoudre des problèmes concrets.

Combien de jeunes accompagnés ?

Combien de projets financés ?

Combien d’entreprises sauvées ?

Combien d’emplois créés ?

Combien de femmes entrepreneures accompagnées ?

Combien de dossiers bloqués et pourquoi ?

Quel est le délai moyen de traitement ?

Quel est le taux de remboursement ?

Quel est le taux de survie des entreprises financées après deux, trois ou cinq ans ?

Voilà les questions techniques que nous aurions aimé entendre.

Pas un débat de posture ou d’intérêt personnel.

Pas une confrontation politique.

Pas une démonstration d’autorité.

Des résultats, des mécanismes, des chiffres et des solutions.

NOUS SOMMES UN PAYS DE JEUNES

L’ANSD nous rappelle qu’en 2023, 75 % des résidents du Sénégal avaient moins de 35 ans. (ANSD⁠)

Cela signifie que toute politique publique concernant l’emploi, la formation, le financement et l’entrepreneuriat doit être pensée avec cette réalité démographique au centre.

Et derrière ces 75 %, il existe plusieurs Sénégalais

Des jeunes diplômés.

Des jeunes sortis du système scolaire sans qualification suffisante.

Des jeunes formés professionnellement.

Des jeunes entrepreneurs.

Des jeunes qui cherchent leur premier emploi.

Des jeunes femmes qui entreprennent dans des conditions extrêmement difficiles.

Des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation.

L’ANSD indique notamment que, parmi les jeunes de 15 à 30 ans, le phénomène NEET — ni en emploi, ni en études, ni en formation — est particulièrement préoccupant, avec une situation plus défavorable pour les femmes. (ANSD⁠)

Et sur l’ensemble de la population en âge de travailler, les données montrent encore le poids considérable de la population peu ou pas instruite : dans les données de l’ANSD relatives à 2017-2018, 55,4 % puis 57,7 % n’avaient jamais fréquenté l’école. (ANSD⁠) vu l’importance des PME s’occuper de leur financement ne doit pas un jeu d’enfant pour moi c’est une bombe à retardement et sur ce point j’interpelle son excellence Bassirou Diomaye Faye .

Nous avons au Sénégal

un problème de qualification,
un problème d’adéquation entre formation et marché du travail,
un problème de premier emploi,
un problème d’entrepreneuriat,
un problème de financement,
et un problème de productivité de notre économie.

Et c’est justement pour cela qu’une institution chargée du financement des projets doit être extrêmement accessible, pédagogique et proche des populations.

L’ÉTAT NE POURRA PAS EMPLOYER TOUT LE MONDE

Il faut également regarder la réalité en face.

NOS PME DOIVENT ÊTRE AU CŒUR DE LA STRATÉGIE

Là encore, les chiffres parlent.

Selon le Recensement général des entreprises de l’ANSD, les PME représentent 99,8 % des entreprises sénégalaises, dont 81,8 % sont des entreprenants pour pouvoir gérer ça mr le président on doit vendre son sommeil et le gérer avec haute responsabilité .

Donc quand nous parlons d’emploi, nous ne devons pas uniquement parler de grandes entreprises ou de fonction publique.

Nous devons parler de la PME sénégalaise.

De la femme qui transforme des produits agricoles.

Du jeune qui possède un atelier.

De celui qui veut créer une entreprise de BTP.

De celle qui tient une petite unité de transformation.

Du jeune qui veut développer une solution numérique.

Du commerçant qui veut passer à l’étape supérieure.

Du producteur qui veut acheter une machine.

Du Sénégalais qui possède déjà un savoir-faire mais qui n’a pas les moyens financiers de changer d’échelle.

Et là encore, les données sont révélatrices : dans l’ENDES de l’ANSD, l’accès au financement ressort comme le principal facteur de cessation d’activité, à hauteur de 32,5 % parmi les causes recensées.

Voilà le véritable combat qu une directrice devait gérer pour avoir la confiance du président ou des sénégalais pour être après quitte avec sa conscience.

LES PRIORITÉS DEVRAIENT ÊTRE CLAIRES

À la tête d’une institution comme le FONGIP, les priorités devraient être, à mon humble avis, extrêmement concrètes :

  1. Rendre l’institution accessible.
    Créer des guichets de proximité et des mécanismes simples dans les régions.
  2. Simplifier les procédures.
    Un jeune ne devrait pas avoir besoin de connaître quelqu’un pour comprendre comment accéder à un financement.
  3. Accompagner avant de financer.
    Former le porteur de projet au business plan, à la comptabilité, au marketing, à la gestion et à la fiscalité.
  4. Financer selon des secteurs prioritaires.
    Identifier les filières où le Sénégal peut réellement créer de la valeur et des emplois.
  5. Mettre en place un véritable suivi post-financement.
    Le financement ne doit pas être la fin du processus. Il doit être le début de l’accompagnement.
  6. Mesurer les résultats.
    Chaque franc garanti ou mobilisé doit pouvoir être associé à un nombre de projets, d’emplois créés, d’entreprises consolidées et de remboursements.
  7. Donner une place particulière aux femmes entrepreneures.
    Parce que les difficultés d’accès au crédit restent importantes pour elles.
  8. Créer un véritable système de recours et de suivi des dossiers.
    Chaque demandeur devrait pouvoir savoir où se trouve son dossier, pourquoi il est bloqué et quelles pièces manquent.
  9. Aller vers les jeunes plutôt que d’attendre qu’ils viennent.
    Le FONGIP doit être présent dans les régions, les universités, les centres de formation, les maisons de l’entrepreneuriat, les chambres de commerce et les territoires.
  10. Faire de la pédagogie.
    La jeunesse doit comprendre exactement ce qu’est le FONGIP, ce qu’il finance, ce qu’il ne finance pas, quelles sont les conditions et comment préparer correctement un dossier.

Voilà ce que nous attendons d’une institution de cette importance.

PARLONS AUSSI D’HUMANITÉ COMME AUJOURDHUI CEST VENDREDI

Il y a une parole du Prophète Muhammad ﷺ qui m est revenue particulièrement à l’esprit au moment où j’écris ce texte

Dans un hadith authentique rapporté par Abû Hurayra, le Prophète ﷺ raconte qu’une femme aperçut un chien qui souffrait terriblement de la soif autour d’un puits. Elle retira sa chaussure, la remplit d’eau et donna à boire à l’animal. Allah lui accorda Son pardon et sa miséricorde pour cet acte de compassion.

Cette histoire est extraordinaire.

Parce qu’elle nous rappelle que la compassion envers une créature peut avoir une immense valeur auprès d’Allah.

Alors parlons maintenant des êtres humains.

Parlons de nos jeunes.

De ces jeunes qui continuent à croire en eux.

De ces jeunes qui continuent à croire en leur pays.

De ceux qui cherchent simplement une chance.

De ceux qui déposent un dossier et attendent.

De ceux qui entreprennent avec presque rien.

De ceux qui passent des nuits sans dormir avec une seule question dans la tête :

« Comment vais-je réussir ? »

Réussir pour eux-mêmes.

Réussir pour leurs parents.

Réussir pour leur famille.

Réussir pour leur société.

Nous avons tous été jeunes.

Nous savons ce que représente cette période de doute, de pression, d’incertitude et parfois même d’angoisse face à l’avenir.

Alors comment pouvons-nous accepter que celui qui vient demander de l’aide à une institution publique ou qui y travaille reparte avec le sentiment d’avoir été humilié, méprisé ou découragé ?

Je ne peux pas l’accepter.

J’ai eu honte.

J’ai été profondément mal.

Mon cœur a saigné en regardant certaines séquences de cette émission, et cela continue à me faire mal.

Mais ma démarche n’est pas de condamner une personne.

Ma démarche est de rappeler une responsabilité.

Lorsqu’on nous confie une institution destinée à accompagner les Sénégalais, nous devons comprendre que derrière chaque dossier se trouve une personne.

Et derrière cette personne, il y a souvent une famille.

Le Sénégal n’a pas besoin de responsables qui cherchent seulement à occuper l’espace médiatique.

Il a besoin de responsables qui occupent le terrain.

Il nous faut moins de politique de plateau et davantage de politique publique mesurable.

Moins de confrontation et davantage de solutions.

Moins de discours et davantage d’indicateurs.

Et surtout, pour chaque jeune qui pousse la porte d’une institution publique, nous devons nous souvenir d’une chose :

Il ne vient pas mendier. Il vient chercher une possibilité de construire son avenir et, avec lui, une partie de l’avenir du Sénégal

Servir la République, c’est comprendre cela.

Le véritable responsable n’est pas celui qui parle le plus fort.
C’est celui qui, lorsqu’il reçoit une responsabilité, transforme cette responsabilité en résultats, en dignité et en espoir pour les citoyens.

Désolée j’ai étais longue car c’était mon cœur qui parler ….

Djoumma Moubarack

Excellence Dieynaba Diop

Gestionnaire de projets .
Experte en relations internationales BOT et PPP .
Ambassadrice itinérante .
PDG de EDES et FLY AFRICA .

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