CONTRIBUTION:Fmi au Sénégal: 2,2 milliards de dollars, une opportunité…mais surtout une grande responsabilité ( Dieynaba Diop)

L’accord annoncé avec le FMI est une bonne nouvelle pour le Sénégal, mais il ne doit surtout pas être présenté comme une victoire financière définitive mais un ouf de soulagement 2,2 milliards de dollars ne régleront pas à eux seuls notre problème d’endettement ne rêvons pas . Ils peuvent simplement nous donner le temps et les moyens de remettre notre économie sur de bons rails.La priorité doit être claire : traiter la dette, réduire le coût de son service, restaurer la confiance et surtout investir dans ce qui produit de la richesse Je comprends la nécessité d’une restructuration ou d’un traitement de la dette si celui-ci permet de desserrer la pression sur nos finances publiques. Mais nous devons négocier avec intelligence et préserver la crédibilité financière du Sénégal.Je salue également la volonté de l’État d’apurer une partie des créances dues aux entreprises. Un État qui paie ses entreprises permet à l’économie de respirer, aux emplois d’être préservés et à l’investissement de repartir car c’est une chaîne . Mais attention aux réformes qui touchent directement le pouvoir d’achat. La réduction des subventions doit être progressive et accompagnée de mécanismes efficaces de protection des ménages vulnérables.Ma principale recommandation est simple : ne faisons pas de cet argent une nouvelle dépendance. Faisons-en un levier de transformation précis. Investir dans l’agriculture, l’industrie, l’énergie, le numérique, les infrastructures, les PME, les exportations et la transformation locale de nos ressources.Et surtout, instaurons une nouvelle culture de gestion : transparence totale sur la dette, contrôle des dépenses publiques et obligation de résultats pour chaque investissement.Le Sénégal ne doit pas chercher uniquement à savoir comment emprunter davantage.Il doit désormais se demander :COMMENT PRODUIRE DAVANTAGE POUR AVOIR BESOIN D’EMPRUNTER MOINS ?Pour moi, le véritable sujet n’est donc pas le montant annoncé.La vraie question est : que ferons-nous de cet argent et quelle architecture financière voulons-nous construire pour le Sénégal ?J’ai lu avec beaucoup d’attention la sortie du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba. Son intervention a le mérite de poser le problème avec davantage de réalisme : le Sénégal doit simultanément réduire son déficit, améliorer le profil de sa dette, apurer ses arriérés, restaurer la confiance des partenaires et continuer à financer les besoins sociaux et économiques du pays.Le chiffre qui doit particulièrement nous interpeller est celui-ci : selon les éléments présentés par le ministre, 25 francs sur 100 francs de recettes mobilisées par l’État servent aujourd’hui au paiement des intérêts de la dette. (Seneweb) Cela signifie qu’une partie considérable de nos ressources publiques est absorbée par le coût du financement passé, au détriment de l’investissement, de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, des infrastructures et du soutien à nos entreprises.FAUT-IL EMPRUNTER DAVANTAGE ?Ma réponse est : oui, mais uniquement lorsque l’endettement finance de la richesse future.Un État peut s’endetter pour construire une infrastructure productive, développer l’énergie, moderniser l’agriculture, renforcer les chaînes de valeur, financer l’industrie, soutenir les PME ou développer des secteurs capables de générer demain davantage de recettes fiscales et de devises.En revanche, emprunter pour financer des dépenses courantes, des déficits récurrents ou simplement rembourser d’anciennes dettes sans transformer le modèle économique revient à déplacer le problème vers les générations futures.C’est là que doit se situer notre vigilance.C’est à cette condition que nous parlerons réellement de souveraineté économique.Le FMI peut nous accompagner pour sortir de la difficulté. Mais le développement du Sénégal, lui, doit être construit par les Sénégalais.🇸🇳 Notre responsabilité aujourd’hui est de transformer cette contrainte financière en opportunité historique.Exellence Dieynaba Diop

