PÉTROLE, FINANCES : L’assemblée nationale ouvre les fenêtres

Ousmane Sonko l’avait annoncé dès son discours d’installation à la présidence de l’Assemblée nationale : le Parlement ne serait pas une chambre d’enregistrement. Il l’a réaffirmé lors de la Déclaration de politique générale d’Al Amine Lô : l’Assemblée doit jouer pleinement son rôle d’avant-garde, dans l’intérêt du Sénégal et des Sénégalais.
À l’ouverture de la troisième session extraordinaire, le message a été remis sur la table. Après avoir constaté le quorum, le président de l’Assemblée nationale a déroulé les cinq points inscrits à l’ordre du jour. Et, au passage, il a été catégorique sur un sujet qui alimente les bavardages : le gouvernement n’a jamais déposé de Loi de finances rectificative. Avis donc à ceux qui prennent les rumeurs pour des textes de loi.
Au menu : carte d’identité biométrique CEDEAO, Code pétrolier, loi organique relative aux lois de finances, santé des détenus et conditions sanitaires en milieu carcéral, ainsi que le rapport de la mission d’information sur la commercialisation des produits Softcare.
Mais derrière cette liste administrative se cachent deux dossiers autrement plus croustillants : les crédits spéciaux et le pétrole.
Sur les crédits spéciaux, les députés veulent renforcer le contrôle parlementaire, tout en préservant la confidentialité nécessaire. Alors pour les initiés, c’est simple : contrôler sans tout étaler, surveiller sans transformer les secrets d’État en feuilleton télévisé.
Et puis arrive le pétrole.
La proposition de loi déposée par plusieurs députés du groupe Pastef veut modifier le Code pétrolier afin que tout contrat soit soumis à l’Assemblée nationale avant son approbation par décret et sa publication au Journal officiel. Pas de vote, mais un débat public.
Jusqu’ici, l’Exécutif détenait largement les clés de l’attribution des droits pétroliers. Désormais, les parlementaires veulent au moins regarder dans le coffre avant que le décret ne ferme la porte.
Le principe est simple : si les ressources naturelles appartiennent au peuple, leurs contrats ne devraient pas être traités comme des secrets de famille.
L’Exécutif garde son pouvoir de décision. L’Assemblée réclame son droit de regard.
Bref, le pétrole reste dans les mains de l’État, mais le Parlement veut désormais être dans la pièce quand on ouvre le baril.
Après les finances, voilà le pétrole sous surveillance parlementaire. Décidément, à l’Assemblée, certains commencent à comprendre qu’un Parlement n’est pas décoratif : c’est aussi un miroir tendu au pouvoir.
Malick BA

