POINT DE PRESSE : OUSMANE SONKO SORT LES GANTS CONTRE L’EXÉCUTIF, CARTON ROUGE CONTRE LA LFR (Par Abdoulaye Aïma (AAO)

Sur le terrain politique, le leader du PASTEF était attendu, très attendu. C’est lors du Point de presse consacré à la situation du pays, organisé en marge du Conclave tenu le lundi 19 octobre 2026 au King Fahd Palace, que le leader Ousmane Sonko a répondu aux attentes de ses concitoyens. Cette fois-ci, ce n’était pas en sa qualité de président de l’Assemblée nationale qu’il s’exprimait, mais bien en tant que président du PASTEF, le plus grand parti du Sénégal.

Depuis quelque temps, et ce n’est désormais plus un secret, le Sénégal serait sous la tutelle du G20, avec l’encadrement du Fonds monétaire international (FMI). Au pays de la Téranga, alors que les proches du pouvoir préfèrent garder le silence sur cette situation, Ousmane Sonko, lui, ne mâche pas ses mots. Le président du PASTEF dénonce l’attitude de l’Exécutif, qu’il considère comme un déshonneur et une forme de manipulation.

En cause, le fait que le Sénégal compte parmi les huit États membres de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), dont le siège se trouve à Dakar. Ces huit États sont membres de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA) et de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA). Pour Ousmane Sonko, il est inconcevable que le pays contourne la banque centrale pour se tourner vers le système financier international. Il inscrit également cette situation dans un contexte monétaire plus large. « Le FCFA n’est pas à nous », rappelle-t-il, exprimant ainsi sa méfiance à l’égard de cette monnaie. Rattaché à l’euro, lui-même lié à l’influence économique européenne, le franc CFA demeure, à ses yeux, un symbole de dépendance monétaire.

Le Sénégal, qui subventionnait jusque-là certains produits pétroliers, est en train de réduire progressivement ces subventions. Le pays en serait déjà à une baisse de 30 % et ne compterait pas s’arrêter là. Selon les propos du leader Ousmane Sonko, le FMI lui aurait demandé de poursuivre cette réduction jusqu’à atteindre 27 %. Les conséquences pour les ménages Sénégalais pourraient être immédiates et difficiles à supporter : hausse des coûts du transport, baisse du pouvoir d’achat et pression accrue sur le panier de la ménagère.

« Chaque jour, on entend qu’il y a des gens qui n’arrivent plus à s’en sortir, que la vie est dure. Il faut avoir pitié du peuple Sénégalais au lieu de lui imposer des fardeaux. » À travers cette déclaration, le leader du PASTEF préconise le maintien des subventions et un réajustement des taxes afin de ne pas davantage fragiliser les ménages. Dans un pays où le filet social, notamment le Programme de bourses de sécurité familiale, peine à soulager les familles en difficulté, il qualifie ce dispositif d’« arnaque ».

Face à l’Exécutif et au Conseil constitutionnel, qu’il accuse de vouloir réduire l’Assemblée nationale à une institution dont le rôle se limiterait au vote de la Loi de finances initiale (LFI) et de la Loi de finances rectificative (LFR), Ousmane Sonko dit « stop ».

Il le rappelle : au Sénégal, l’Assemblée nationale demeure l’institution habilitée à voter les lois. Selon lui, les rejets successifs du Conseil constitutionnel et les négligences de l’Exécutif sont anormaux. Il dénonce des « lacunes », d’autant plus que les textes concernés s’inscrivent dans le programme de société du chef de l’Exécutif lui-même.
En cas de rejet de la LFR par l’Assemblée nationale, le pays ne serait pas pour autant paralysé. Selon Ousmane Sonko, le budget de l’année précédente pourrait être reconduit, conformément aux dispositions légales applicables.

L’Assemblée nationale, que le leader du PASTEF considère comme le dernier rempart institutionnel, porte donc une lourde responsabilité, d’autant plus que les vieux démons semblent refaire surface. Rien de ce qui aurait été conclu avec le FMI n’aurait été soumis à la représentation nationale. Les grands axes de la déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre restent flous, tandis que la communication entre l’Exécutif et le Législatif serait quasiment inexistante.
Dans un pays où l’Exécutif semble vouloir gouverner comme s’il était la seule institution à compter, l’Assemblée nationale doit, selon lui, refuser de se rendre complice de cette situation. « L’Assemblée nationale serait complice des agissements du gouvernement si elle votait le texte [LFR] », prévient-il.

Face à la crise, Ousmane Sonko dénonce une logique dans laquelle les sacrifices seraient exclusivement imposés au peuple, tandis que les dirigeants continueraient de vivre dans l’opulence. C’est précisément ce type de situation qu’il affirme combattre. Hors de question, selon lui, que les Sénégalais servent de cobayes aux autorités et aux rouages du système financier international. « Il faut avoir pitié du peuple sénégalais au lieu de lui imposer des fardeaux. Il souffre énormément. »
Le tableau qu’il dresse est particulièrement sombre : réduction du budget de l’éducation, recul des moyens consacrés à la formation professionnelle, investissement relégué au second plan et difficultés croissantes pour les citoyens ordinaires, qui peinent à se soigner, à se nourrir et à scolariser leurs enfants. Pendant ce temps, le panier de la ménagère ne cesse de s’alourdir.

À cela s’ajoute le Plan de redressement économique et social (PRES), qui devait rapporter 700 milliards de francs CFA au pays grâce aux outils numériques, mais dont la mise en œuvre aurait été compromise par l’Exécutif, selon les critiques formulées par le président du PASTEF. Dans le même temps, les subventions au carburant seraient passées de 790 à 552 milliards de francs CFA, soit une baisse d’environ 30 %, dans le cadre des objectifs de réduction des dépenses défendus par le FMI. Une situation que le leader du PASTEF dénonce alors que, selon lui, le peuple continue de subir de plein fouet les conséquences de la crise.

Autre paradoxe : le Sénégal est un important fournisseur de carburant du Mali, alors que les prix à la pompe y sont pourtant moins élevés qu’au Sénégal. Cette comparaison soulève des interrogations sur la politique nationale de fixation des prix et sur la répartition des charges supportées par les consommateurs. Cela corrobore les propos du président du PASTEF selon lesquels le Sénégal fait partie des pays de la zone ouest-africaine où les prix sont les plus élevés dans ce domaine.

Ousmane Sonko a également tenu à rassurer la population sur la bonne foi du PASTEF. Il se veut catégorique quant à l’indépendance de l’Assemblée nationale, dont la transparence doit, selon lui, rester le principe directeur. Dans sa volonté de clarifier la situation, il met le Premier ministre Al Amine Lo face à ses responsabilités en l’invitant à un débat destiné à éclairer l’opinion publique.

À l’analyse, le conclave de ce lundi sonne comme un avertissement adressé à l’Exécutif et au Conseil constitutionnel. Aux yeux du leader Ousmane Sonko, les deux institutions donnent l’impression d’agir de concert, alors que le Conseil constitutionnel est censé jouer un rôle d’arbitre indépendant. Le message est clair : sur la LFR, le PASTEF entend faire entendre sa voix et refuse que l’Assemblée nationale soit réduite à une simple chambre d’enregistrement des décisions de l’Exécutif.

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