76 morts, 200 victimes, des crimes contre l’humanité : Pourtant Diomaye Faye déroule le tapis rouge à Macky Sall ( Malick Ba)

Soixante-seize morts, plus de 200 victimes présumées de torture et des accusations de crimes contre l’humanité. Le bilan provisoire du parquet de Dakar sur les événements de 2021 à 2024 a de quoi glacer le sang. Pendant que la justice commence à remuer la boue, certains semblent déjà chercher la serpillière pour nettoyer les souvenirs.
Le communiqué du procureur est tombé comme un couperet. Les chiffres sont accablants, les témoignages glaçants et les procédures judiciaires désormais engagées. Cinq personnes ont été inculpées pour des faits qualifiés de crimes contre l’humanité, notamment de torture et de meurtre. L’enquête se poursuit, et d’autres responsabilités pourraient être recherchées.
Mais au milieu de ce sinistre tableau, une question s’impose : comment peut-on prétendre tourner la page lorsque les victimes attendent encore justice ?
Pendant que des familles pleurent leurs morts et que des survivants portent les stigmates de ces violences, voilà que l’idée de voir Macky Sall accéder au secrétariat général de l’ONU continue de circuler, avec le soutien prêté au président Bassirou Diomaye Faye. Quel contraste ! D’un côté, une justice qui enquête sur de possibles crimes contre l’humanité ; de l’autre, des ambitions diplomatiques qui semblent vouloir offrir un costume de prestige à l’ancien chef de l’État.
L’ONU, gardienne proclamée des droits humains, serait-elle devenue une maison de retraite pour ambitions présidentielles ? Avant de briguer les sommets de la diplomatie internationale, encore faudrait-il que les questions soulevées par les événements de 2021-2024 trouvent des réponses.
Car les 76 morts ne sont pas des statistiques qu’on range dans un tiroir. Les plus de 200 victimes présumées ne sont pas des figurants d’un mauvais film politique. Et la justice ne saurait être une simple formalité destinée à calmer les consciences.
Macky Sall bénéficie naturellement de la présomption d’innocence. Mais cela ne dispense ni les autorités ni les institutions de faire toute la lumière sur les violences de son régime.
Quant au Président Diomaye, son soutien éventuel à l’ambition onusienne de son prédécesseur soulève une question politique majeure : comment concilier la promesse de rupture avec la promotion internationale de celui dont le bilan sécuritaire fait aujourd’hui l’objet d’une enquête judiciaire ?
À Dakar, les victimes réclament la vérité. Dans les palais, les ambitions diplomatiques poursuivent leur petit bonhomme de chemin. Entre les deux, il y a un gouffre que ni les discours sur la réconciliation ni les tapis rouges de l’ONU ne pourront combler.
Les morts ne parlent plus. Mais les chiffres, eux, hurlent.
Malick BA

