Chronique Fiction: Assane , le parapluie et la mémoire courte

Dans la petite République imaginaire de Ndaroumbé, Ousseynou avait tout donné pour Assane. Il s’était battu corps et âme, avait mouillé le maillot et remué ciel et terre pour le propulser au sommet de l’État. Mais une fois installé au palais, Assane a sorti la grande spécialité des politiciens à mémoire sélective : trahir son bienfaiteur et embrasser ses anciens ennemis !
Ousseynou, son parti et ses militants ? Aux oubliettes ! Les nouveaux copains, eux, ont droit aux honneurs. Et pour couronner cette belle opération de contorsion politique, Assane fonde son propre parti, histoire de disposer de son petit parapluie personnel. La fidélité ? Au vestiaire ! La reconnaissance ? Aux abonnés absents !

Mais le spectacle ne s’arrête pas là. Dans son programme présidentiel, le candidat Assane avait pourtant promis de soumettre les contrats pétroliers à l’approbation de l’Assemblée nationale. Une promesse en lettres majuscules, histoire de faire croire que le pétrole du peuple ne serait plus distribué dans les coulisses du palais.
Aujourd’hui, retournement de veste ! Il ne s’agit même plus d’approuver les contrats, mais simplement d’en informer les députés avant leur signature. Et voilà que cette exigence de transparence semble devenir une montagne constitutionnelle !
Informer les représentants du peuple sur des contrats pétroliers qui engagent plusieurs générations serait-il devenu un crime de lèse-président ? Que craint donc Assane ? Des députés trop curieux ? Des contrats trop encombrants ? Ou des promesses qui risquent de remonter à la surface comme une nappe de pétrole ?

À Ndaroumbé, les mauvaises langues s’interrogent : le candidat Assane aurait-il été victime d’une amnésie présidentielle foudroyante ? Ses promesses électorales, pourtant soigneusement emballées avant le scrutin, semblent désormais bonnes pour la poubelle. Vote bloqué, irrecevabilité juridique et financière, référendum brandi à tout-va : pour chaque promesse, Assane semble avoir trouvé un nouveau cadenas !
Le plus cocasse, c’est qu’Assane ne se contente pas de tourner le dos à Ousseynou. Il semble aussi tourner le dos à une partie de son propre programme. À ce rythme, il faudra bientôt organiser une cérémonie officielle pour enterrer les engagements du candidat, avec discours présidentiel et couronne de fleurs.

Dans les chaumières, les anciens n’en reviennent toujours pas :
« Gorr limou wara moytou deugg moy andak nit mou defal la, defar la, nga wane ko guinaw, andak ay noonam di ko kheekh. »
En français : rien n’est plus indigne que de tourner le dos à celui qui vous a aidé à devenir quelqu’un, pour aller festoyer avec ceux qui vous combattaient hier.
Certes, Assane a le droit de créer son parti et de choisir ses alliés. Mais la politique n’autorise pas à effacer l’histoire ni à transformer les promesses électorales en vulgaires chiffons.
Et les vieux de Ndaroumbé de rappeler cette sentence assassine :
« Gorr dou worr, dou sokhorr… »
Un homme digne ne trahit pas celui qui l’a porté. Quant à celui qui oublie trop vite ses bienfaiteurs, il risque de découvrir que les parapluies politiques ne protègent ni de la honte ni des orages électoraux.

Pour vous dire qu’Assane a peut-être changé de parapluie, mais il n’a pas encore réussi à faire oublier qui l’a abrité de la pluie. Et pendant qu’il protège son nouveau parti, les promesses du candidat, elles, prennent l’eau !

Malick BA

PS: Les photos illustrées ne sont que pure coïncidence…

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