Déclaration de Politique Générale : Le PM Al Aminou Lo, le grand « baap » politique

Al Aminou Lô avait une drôle de manière de commencer sa Déclaration de politique générale : avant de parler de son propre programme, il a commencé par « baaper » amadouer Ousmane Sonko. Des fleurs, des hommages, des anecdotes sur leur collaboration et cette promesse soigneusement emballée : poursuivre ce qui avait été commencé par son prédécesseur, mais avec une autre méthode.
En clair : Sonko avait la vision, moi j’apporte le mode d’emploi. Voilà une manière élégante de s’installer dans le fauteuil sans trop brusquer celui qui l’occupait hier.
Mais le morceau le plus savoureux reste le FMI. Al Aminou Lô nous apprend qu’il avait tenté de convaincre Sonko d’adhérer au programme du Fonds monétaire international, mais que celui-ci avait refusé. Aujourd’hui, Sonko n’étant plus à la Primature, il n’y aurait donc plus personne à convaincre : on applique ! Et pour éviter que la pilule soit trop amère, le Premier ministre précise que tout ce qui a été signé avec le FMI figurait déjà dans le programme Diomaye Président et se retrouve également dans le PRES.
Formidable tour de passe-passe politique : si ça marche, c’est notre programme ; si ça fait mal, c’est ce qu’on avait trouvé. Une DPG avec gilet pare-balles, en somme. Al Aminou Lô semble surtout avoir voulu rassurer sa majorité parlementaire : ne me censurez pas, messieurs les députés, je ne fais que continuer. Avec, au passage, une petite couche de baap pour Sonko, histoire de ne pas transformer la continuité en rupture brutale.
Mais une question demeure : si ces mesures du FMI étaient déjà dans le programme Diomaye Président, pourquoi avoir refusé hier ce que l’on accepte aujourd’hui ? Il faudra bien, un jour, que quelqu’un nous explique cette acrobatie sans nous demander de regarder ailleurs pendant que le trapèze se balance.
Pour le reste, le Premier ministre nous apprend que « les Sénégalais sont fatigués ». Merci pour cette découverte majeure. Ils le savent depuis longtemps, eux qui paient les factures, subissent la vie chère et comptent chaque franc avant de remplir leur panier. Le pays n’a pas d’argent, nous dit-on. Mais visiblement, tout le monde n’a pas reçu la même invitation à la cure d’austérité. La ceinture est destinée au peuple ; certains, eux, semblent encore disposer d’un bouton supplémentaire.
Et puis il y a l’hivernage, convoqué au banc des accusés pour expliquer la vie chère. À ce rythme, il faudra bientôt entendre les nuages devant une commission parlementaire. Quant à Petrosen, on attendait une ambition à la hauteur du pétrole et du gaz ; on a surtout eu l’impression d’assister à une gestion comptable de ressources qui devraient pourtant servir à transformer le pays.
Même logique pour les subventions réservées aux « nantis ». Mais qui est nanti au Sénégal ? Celui qui possède une voiture ? Un climatiseur ? Celui qui arrive encore à payer son électricité ? À force de chercher les riches, on risque de finir par découvrir que le nanti est simplement celui qui mange encore trois fois par jour.
Et si les subventions sur l’électricité disparaissent, les industries paieront davantage. Elles répercuteront la facture sur les prix ou sur l’emploi. Dans les deux cas, le Sénégalais paiera. On ne supprime donc pas le problème : on lui change simplement de poche.
Quant à la leçon de conscience adressée aux Sénégalais, elle prête presque à sourire. De la conscience, ils en ont eu. Ils vous ont donné le pouvoir, la majorité, l’espoir et surtout une patience dont les réserves commencent peut-être à ressembler à celles du Trésor public.
Ils attendent maintenant des résultats.
Car une DPG ne devrait pas être l’art de justifier ce qui arrive, ni de distribuer des fleurs à ceux qui vous ont précédé. Elle devrait être l’art de dire clairement où l’on va et comment on compte y arriver.
Al Aminou Lô a beaucoup parlé de continuité et de changement de méthode. Reste à démontrer que le changement ne consiste pas simplement à faire aujourd’hui ce que l’on refusait hier.
Sinon, le véritable slogan de cette DPG pourrait tenir en une seule phrase : « Sonko n’est plus là, alors maintenant, on peut y aller. »
Malick Ba

